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Début du Synode des jeunes à Rome


Le Pape qui a pris le temps de remercier le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du Synode, les présidents délégués, le cardinal Sergio da Rocha, rapporteur général, ou encore Mgr Fabio Fabene, sous-secrétaire du Secrétariat général ainsi que tous les assistants, pères synodaux, auditeurs, auditrices, experts et consulteurs, aux délégués fraternels, traducteurs, choristes et journalistes.

Le pari de l’Église

Mais les remerciements du Souverain pontife se sont faits particulièrement saillants à l’égard des jeunes, qu’ils soient physiquement présents dans la salle du Synode ou qu’ils aient tout simplement fait entendre leur voix en vue de cet événement ecclésial.

« Je les remercie pour avoir voulu parier que cela vaut la peine de se sentir membres de l’Église ou d’entrer en dialogue avec elle, que cela vaut la peine de faire briller et de transmettre le message indémodable du Christ ; que cela vaut la peine de s’agripper à la barque de l’Église qui, même à travers les tempêtes impitoyables du monde, continue à offrir à tous refuge et hospitalité », a-t-il affirmé, très reconnaissant.

« Nager à contrecourant »

« Cela vaut la peine de nager à contrecourant et de s’attacher à des valeurs supérieures : la famille, la fidélité, l’amour, la foi, le sacrifice, le service, la vie éternelle », a poursuivi le successeur de Pierre devant l’assemblée des 267 pères synodaux. De ce fait, une grande responsabilité s’impose, estime le Pape adoptant la posture toute pascalienne du pari de Dieu : « Nous devons démontrer à ces jeunes qu’ils ont eu raison de parier : vraiment cela vaut la peine, vraiment ce n’est pas du temps perdu ! », a-t-il lancé, avant de préciser tout en nuances combien « l’univers des jeunes » était diversifié, et donc qu’il ne pouvait être totalement représenté.

Le Synode, exercice de courage

Le Pape a livré une démonstration en plusieurs temps, assurant que ce Synode serait d’abord un moment de courage et de franchise. « Une critique honnête et transparente est constructive et cela aide, au contraire des bavardages inutiles, des rumeurs, des conjectures et des préjugés ».

À ce courage doit correspondre l’humilité de l’écoute, a manifesté le Pape, insistant sur l’importance du dialogue, comme fruit d’une maturation intellectuelle et spirituelle. « Le Synode doit être un exercice de dialogue », a-t-il rappelé.

Le Synode, exercice de discernement

Outre un exercice de courage et de dialogue, le Synode est un exercice ecclésial de discernement, a aussi pointé François.

« Le discernement n’est pas un slogan publicitaire, ni une technique d’organisation, ni même une mode de ce pontificat, mais une attitude intérieure qui s’enracine dans un acte de foi », a-t-il explicité. Le discernement comme méthode et comme objectif, a pointé le Pape jésuite, ajoutant que cette attention à l’intériorité était « la clef pour réaliser le chemin de la reconnaissance, de l’interprétation et du choix ».

Le Synode, exercice d’écoute

En effet, a relevé l’évêque de Rome, « nous sommes signes d’une Église à l’écoute et en chemin », observant le « déficit d’écoute » subit par les jeunes. Et pour cause, selon le Pape, une Église qui n’écoute pas « se montre fermée à la nouveauté ne pourra pas s’avérer crédible pour les jeunes, qui inévitablement s’en éloigneront plutôt que de s’en approcher ».

Sortir des préjugés réciproques

Pour ce faire, il s’agit de sortir des préjugés et des stéréotypes, à commencer par les plus classiques : les jeunes tentés de considérer les adultes comme dépassés ; les adultes tentés de prendre les jeunes pour inexpérimentés. La plus grande partie des personnes ici présentes n’appartient pas à la génération des jeunes, a mentionné François, avant de prévenir : « il est donc clair que nous devons surtout faire attention au risque de parler des jeunes à partir de catégories et de schémas mentaux désormais dépassés ». Le but est de former « une alliance entre générations ».

Pour François, les jeunes, au contraire, doivent vaincre la tentation de ne pas écouter les adultes et de considérer les personnes âgées comme “des affaires anciennes, passées et ennuyeuses”, conseille-t-il. « Négliger le trésor d’expérience dont toute génération hérite et transmet à l’autre est un acte d’autodestruction ».

La lutte contre le cléricalisme

Cette écoute et cette sortie des stéréotypes est aussi un puissant antidote pour vaincre la plaie du cléricalisme, a stipulé le Pape.

« Le cléricalisme naît d’une vision élitiste et exclusive de la vocation qui interprète le ministère reçu comme un pouvoir à exercer plutôt que comme un service gratuit et généreux à offrir », a-t-il précisé, ajoutant fermement que le cléricalisme était une « perversion », à la racine de nombreux maux dans l’Église.

La lutte contre l’autosuffisance

D’une part lutter contre le cléricalisme, mais aussi contre l’autosuffisance et « les conclusions hâtives » fréquentes chez de nombreux jeunes. C’est ce que le Pape a souhaité faire émerger dans son solennel discours d’ouverture.

« Répudier et rejeter tout ce qui a été transmis au cours des siècles conduit uniquement à un dangereux égarement qui, malheureusement, est en train de menacer notre humanité », a-t-il déplorant, liant cela à un état de désenchantement qui a envahi les cœurs de générations entières.

« L’avenir n’est pas à craindre »

Que faire alors ? Espérer « que le Synode réveille nos cœurs ! », s’est-il réjoui. En effet, le présent, y compris celui de l’Eglise, apparaît chargé d’ennuis, de problèmes, de fardeaux. « L’avenir n’est pas une menace qu’il faut craindre ». « Nous avons besoin de retrouver les raisons de notre espérance et surtout de les transmettre aux jeunes qui sont assoiffés d’espérance », a-t-il plaidé.

L’intergénérationnel, source d’espérance

Et c’est cette rencontre entre générations qui peut être extrêmement féconde et en mesure de générer l’espérance, selon le Souverain pontife qui s’est plu à citer le prophète Joël : « Vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1).

Fuir les immédiatetés

Le Pape a alors voulu lancer un appel : « Ne nous laissons donc pas tenter par les “prophéties de malheur”, ne dépensons pas nos énergies à « compter les échecs et ressasser les amertumes », ayons le regard fixé sur le bien qui « souvent ne fait pas de bruit, n’est pas le thème des blogs et ne fait pas la une des journaux », et ne soyons pas effrayés « devant les blessures de la chair du Christ, toujours infligées par le péché et souvent par les enfants de l’Église ».

Faire germer des rêves et susciter des prophéties

Dans la lignée de son homélie inaugurale du même jour axée sur la prophétie, la vision et les rêves, le but de ce synode est somme toute, selon François, non pas seulement de faire émerger un document qui sera lu par un tout petit nombre, a-t-il poursuivi, mais surtout de « faire germer des rêves, susciter des prophéties et des visions, faire fleurir des espérances, stimuler la confiance, bander les blessures, tisser des relations, ressusciter une aube d’espérance, apprendre l’un de l’autre, et créer un imaginaire positif qui illumine les esprits, réchauffe les cœurs, redonne des forces et inspire les jeunes ».

(Avec V. N.)

Messe d’ouverture du Synode

Le Pape François a présidé place Saint-Pierre de Rome la messe inaugurale du Synode des évêques pour les jeunes, mercredi 3 octobre 2018, à 10h. Une messe sous le signe des dons « de l’espérance, du rêve, de la prophétie et de la vision ».

Pour ouvrir solennellement ces trois semaines et demie de Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, le Pape François a insisté auprès des pères synodaux lors de la messe inaugurale sur leur capacité à rêver et espérer.

« Parce que nous savons que nos jeunes seront capables de prophétie et de vision dans la mesure où, désormais adultes ou âgés, nous sommes capables de rêver et ainsi de rendre contagieux et de partager les rêves et les espérances que nous portons dans notre cœur (cf. Jl 3, 1) », leur a-t-il lancé, les invitant ainsi à leur tour à oindre les jeunes des dons « de prophétie et de vision ».
Les pères synodaux, mémoire active et vivante

Le Pape François qui a invoqué l’Esprit Saint pour qu’il donne aux 267 pères synodaux du monde entier la grâce d’être « une mémoire active, vivante, efficace, qui de génération en génération ne se laisse pas étouffer ni écraser par des prophètes de calamités et de malheur, ni par nos limites, erreurs et péchés », mais capable « de trouver des espaces pour enflammer le cœur et discerner les chemins de l’Esprit » durant cet événement ecclésial d’ampleur qui se clôturera le 28 octobre prochain.

Le Pape a également souhaité la bienvenue aux deux évêques de Chine continentale conviés dans le prolongement de l’accord provisoire signé entre la Chine et le Saint-Siège le 22 septembre dernier.

Ainsi cette espérance soulignée fortement par le Saint-Père a trois qualités. Elle nous « déplace et rompt » avec le conformisme du « nous avons toujours fait ainsi », et demande « de regarder directement le visage des jeunes et les situations dans lesquelles ils se trouvent », explique-t-il. « Il s’agit de la même espérance qui nous demande de travailler pour renverser les situations de précarité, d’exclusion et de violence, auxquelles sont exposés nos enfants ».

Les jeunes catholiques du monde entier et ceux qui les représentent lors du synode au nombre de 36 demandent et exigent « un dévouement créatif, une dynamique intelligente », mais aussi « que nous ne les laissions pas seuls aux mains de tant de marchands de mort qui oppriment leur vie et obscurcissent leur vision », a poursuivi le Souverain pontife attentivement inspiré par l’Instrumentum Laboris, ce riche document de travail qui servira d’appui aux travaux du synode.

Dans cette atmosphère où tous peuvent « rêver ensemble », le Pape François invite à suivre les écrits de Saint Paul : « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres » (Ph 2, 4).

Plus que cela, « nous devons considérer les autres supérieurs à nous-mêmes », ajoute-t-il, précisant vouloir éviter les logiques « de l’auto-préservation et de l’autoréférentialité ».

Pour atteindre cet état d’esprit, c’est le don de l’écoute qui prime, selon le Pape, afin de prévenir « la tentation de tomber dans une position moralisante ou élitiste, comme aussi de l’attraction pour des idéologies abstraites qui ne correspondent jamais à la réalité de nos gens », estime le successeur de Pierre.

Le vœu du Pape en ce Synode est donc qu’à la croisée des rêves et espérances, les jeunes soient « stimulés et accompagnés » pour ne jamais cesser « de prophétiser ».

Faisant ensuite allusion à la propre jeunesse des pères synodaux qui, pour beaucoup, eut lieu à la fin du Concile Vatican II au beau milieu des années 1960, le Pape a emprunté ces mots au poète romantique allemand, Friedrich Hölderlin (1770-1843) : « que l’homme conserve ce qu’il a promis lorsqu’il était enfant ».

Les Pères conciliaires eux parlaient ainsi, rappelle François en conclusion de son homélie : « L’Église, quatre années durant, vient de travailler à rajeunir son visage, pour mieux répondre au dessein de son Fondateur, le grand Vivant, le Christ éternellement jeune. Et au terme de cette imposante “révision de vie”, elle se tourne vers vous. C’est pour vous, les jeunes, pour vous surtout, qu’elle vient, par son Concile, d’allumer une lumière : lumière qui éclaire l’avenir, votre avenir. L’Église est soucieuse que cette société que vous allez constituer respecte la dignité, la liberté, le droit des personnes : et ces personnes, c’est vous.

Soyez généreux, purs, respectueux, sincères. Et construisez dans l’enthousiasme un monde meilleur que celui de vos aînés ! » (Paul VI, Message aux jeunes à la fin du Concile Vatican II, 8 décembre 1965).

(Avec V. N.)

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